Récit d’un Montage : Les Derniers Témoins

Il ne suffisait pas de rapporter des images, des milliers d’images, encore convenait-il d’en faire un choix judicieux susceptible de résumer l’objectif du documentaire, c’est-à-dire la vie juive au Maroc.
Ce sont des semaines, des mois, et pour ne rien vous cacher, deux années, qui ont été nécessaires pour opérer cette magie audiovisuelle qui consiste à extirper la quintessence des images, en respectant un fil conducteur que je peinais à définir.

Je m’accrochais à ces images, persuadé qu’elles avaient toutes leur signification et, par conséquent, leur importance.
Mais les contingences de la réalisation documentaire devaient vite me ramener à la réalité, il me fallait faire des choix drastiques et ne conserver que ce qui semblait être le plus significatif.
Une fois sélectionnées les images, ville par ville, je devais déterminer précisément quelle serait la ville qui constituerait le point de départ du film, il s’agirait de Fès, puis de Meknes.
Ces deux villes impériales avaient été le point de départ de l’histoire des juifs du Maroc.

Vinrent ensuite le choix des interviews et des témoignages ; j’avais à l’esprit de respecter un certain équilibre, tant dans les propos que dans la répartition desdits interviews.
Il m’a fallu douloureusement supprimer quelques interventions mais en laissant place à des témoignages parfois émouvants.
Une fois ces interviews sélectionnés, il fallait aussi réduire leur longueur tout en conservant le sens de l’intervention.
Ce fut là le travail le plus considérable, bien que passionnant.

Je devais ensuite me soucier du montage musical qui allait accompagner le film.
J’ai eu la chance de rencontrer le Rabbin Albert Bouhadanna, cantor d’une grande synagogue parisienne, qui m’a accordé l’autorisation d’illustrer mon film à l’aide des derniers enregistrement musicaux qu’il venait d’effectuer, et qui correspondaient tout à fait à l’esprit du documentaire.
Je ne le remercierai jamais assez pour sa généreuse contribution.

Le travail du son m’a donné bien des soucis, celui devant être capable de restituer les ambiances, tout en préservant les voix des intervenants,et le tout avec un subtil dosage musical.

Les voix off enregistrées ont été maintes et maintes fois recommencées, celles-ci étaient tantôt pas assez fortes, ou parfois trop dominantes, je comprenais en même temps qu’il s’agissait là d’un métier à part entière, mais mon budget très serré ne me permettait pas de faire appel encore une fois à des pros.
La traduction et les sous titres constituent des exercices qui m’ont apporté beaucoup de plaisir.

Un travail intense également sur le générique de début du film, que j’avais gardé pour la fin du montage. Il m’a tracassé, car je le voulais à la fois significatif, résumant bien le propos du documentaire, et ce, sur moins d’une minute trente.

Tout cela a pris du temps, mais m’a procuré un plaisir immense.
Ce documentaire a au moins le mérite d’exister, puisse-t-il apporter autant de plaisir à tous ceux qui voudront bien le voir, et peut être comprendre le sens de ma démarche.