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Récit d’un Tournage : Les Derniers Témoins |
Premier voyage en 2000
C’est en juillet 2000 que les premières prises de vue sont réalisées. Je décide de démarrer par la ville de Marrakech que je connaissais déjà.
Compte tenu des contacts pris au préalable, je rencontre tout d’abord le rabbin jacky Kaddoch qui a la gentillesse de me recevoir dans l’enceinte même de la synagogue Beth el, située en centre ville. Dans ce lieu, nous réalisons la première interview qui va me permettre de mieux connaître la communauté de Marrakech.
Nous visitons et filmons ensuite les deux autres synagogues situées dans la médina, c’est aussi l’occasion de rencontrer les rares artisans exerçant encore dans ce quartier.
Nous sommes également reçus et conviés pour le repas du chabbath chez la famille HARROCH qui habite la médina.
Les jours suivants, nous prenons des vues du cimetière qui est parfaitement entretenu par la communauté, c’est là que nous observons le _mausolée de l’ancien président de la communaute, Mr Henri KADDOCH.
Le président de la communauté en fonction au moment de notre séjour, Mr Jacques ZAFRANI, garagiste concessionnaire en centre ville, nous reçoit très chaleureusement pour une interview. Il mettra à notre disposition tous les moyens possibles pour effectuer notre tournage dans les meilleures conditions.
Lors d’un séjour en 2002, j’apprenais malheureusement son décès. Je tiens à lui rendre hommage pour son dévouement et sa gentillesse.
La seconde étape sera la vallée de l’Ourika, située à environ 60km de Marrakech, dans un village où se trouve le mausolée d’un Saint encore très vénéré à ce jour, Rabbi Shlomo Bel Hens (le fils du serpent). Dans cette maison qui abrite la tombe, vit Hanania, ultime gardien du temple.
Ce dernier nous dit quelques mots concernant le saint enterré dans ce lieu.
Nous avons la chance de rencontrer ce jour là une famille israélienne d’origine marocaine venue péleriner le saint dans la plus pure tradition du pays. Nous sommes conviés à partager le repas (couscous et grillades) qui accompagne traditionnellement les pélerinages des saints.
Notre dernière étape de ce premier voyage sera Essaouira, l’ex Mogador. Cette ville réputée pour ses négociants et son artisanat.
Mr Jacques ZAFRANI avait demandé à un de ses coreligionnaires de nous recevoir et de nous orienter dans la ville, mais cette personne s’est hélas dérobée, nous laissant ainsi livrés à nous mêmes pour découvrir la ville.
Nous rencontrons un marocain qui nous indique que deux grands rabbins avaient habité à proximité, nous l’interviewons quelques instants.
Après quelques prises de vues de la ville, nous partons à la découverte du cimetière juif où repose le grand rabbin Haïm Pinto.
Il n’y a pas plus de 4 ou 5 juifs qui vivent encore dans cette ville, mais il semble impossible de les rencontrer.
Il nous sera juste permis de visiter la maison qu’habitait Haïm Pinto.
Notre premier voyage s’arrête là, avec regret car nous aurions sincèrement aimé rencontrer quelques témoins de la vie juive locale.
Second voyage en 2001
En octobre 2001, alors même que vient de débuter la deuxième intifada au Proche orient, je poursuis néanmoins mon tournage en me rendant dans la ville de Fès. Il est vrai que j’observe auprès de la communauté une certaine angoisse, voire même certaines appréhensions.
Les lieux de culte sont en permanence surveillés par des policiers et des militaires.
Je passe le chabbath en compagnie de quelques membres de la communauté. Le dimanche je suis reçu dans la synagogue par le rabbin Abraham SABBAGH, qui m’accorde un long et très instructif interview.
J’avais choisi cette période afin de coïncider avec la fête de soukkoth (fête des cabanes), ce qui devait me permettre d’intégrer davantage l’ambiance festive de la communauté.
Les jours suivants, Mr TRUJMAN, membre de la communauté, m’accorde la journée entière pour visiter les autres synagogues, telles que la synagogue DANAN, restaurée et classée par L’Unesco, la synagogue SADDOUN, véritable merveille architecturale et ornementale caractérisant parfaitement le style synagogal fassi.
Je parcours avec lui le mellah où exercent encore quelques juifs, telle Soulika la quincaillère, Mr SULTAN, le prothésiste.
Nous nous rendons ensuite au cimetière située à l’entrée du Mellah. Il y a ici plus de tombes que de juifs vivants au Maroc.
Ce cimetière recèle les tombes d’un certain nombre de grands rabbins et de saints, telle Solika Hatchuel, la martyre. Au fond du cimetière, le Musée d’Edmond GABBAY, véritable caverne d’ali baba. C’est, en effet, dans cet espace qu’il a accumulé tous les objets témoignant du judaïsme marocain. On y trouve pêle mêle des rouleaux sacrés, des objets de cultes divers, des photos, des livres scolaires, des costumes traditionnels.
C’est réellement impressionnant.
Dans l’après midi, nous prenons le car pour nous rendre dans la ville de Sefrou, située à environ 25km. Mr TRUJMAN me fait tout d’abord visiter l’ancien mellah qui montre encore les traces de sa vie juive, puis nous nous rendons à l’ancienne école Em Habanim.
C’est dans cette ancienne école qu’il m’est donné de filmer ce qu’il reste de la synagogue, de la bibliothèque ainsi que des classes.
De nombreux livres sont là, comme abandonnés et totalement détériorés. C’est avec émotion que je capte quelques images de ces instants.
En sortant, nous allons à pied jusqu’au cimetière, dont une partie a été restaurée grâce à quelques donateurs.
Mr TRUJMAN me montre les anciennes tombes, mais surtout les pierres marquées d’inscriptions hébraïques et faisant office de stèles.
Certaines pierres sont même totalement décalées du lieu historique d’inhumation. L’émotion de mon guide se fait davantage ressentir, d’autant plus qu’il fût le dernier juif à quitter SEFROU.
Les jours suivants je suis autorisé à filmer la cérémonie de la fête de la torah dans la synagogue Beth el.
Mon périple continue avec la ville de Meknes, où je suis reçu par la famille TOLEDANO pour célébrer le chabbath avec eux.
Le vendredi après midi, je suis guidé par Mr Chalom BOTBOL à travers l’ancien mellah. Je visite et filme la vieille synagogue située dans l’enceinte de l’école du talmud torah.
Nous visitons également l’ancienne demeure de Mr BOTBOL, les ruelles où habitaient la plupart des juifs ainsi que certains bâtiments qui abritaient autrefois des lieux de culte.
Nous nous rendons ensuite dans l’ancien cimetière communiquant avec le mellah, et où se trouvent les tombes de grands rabbins comme le rabbin MESSAS.
Ce lieu est aussi un véritable témoignage de la vie juive à Meknes.
Nous visitons rapidement la synagogue du centre ville, qui est aujourd’hui celle qui est la plus fréquentée par les fidèles.
Je termine ainsi ce second voyage, tout aussi riche que le précédent.
En mars 2001, mon reportage m’amène à Agadir. Cette ville m’est apparue incontournable dans le cadre de mon documentaire. Plus d’un tiers de la communauté a péri lors du séisme d’Agadir survenu en 1960.
A mon arrivée, je suis convié à participer à l’office du chabbat à la synagogue, puis à dîner chez le Dr TEMSTET. L’accueil fut remarquable.
Dès le dimanche matin, le tournage débute par l’interview d’un des rares rescapés du tremblement de terre de 1960, Mr Albert BENABOU.
Ce témoignage est particulièrement émouvant.
Les autres membres de la communauté, tels le Président, Mr Simon LEVY, représentant parlementaire, ainsi que le rabbin témoignent de leur quotidien et de la vie communautaire.
Il m’est également permis de filmer les deux seuls enfants étudiant l’hébreu en vue de la bar mitzva, ainsi que l’intégralité de la synagogue.
Mr Simon LEVY me présente le jour même Mimi (Myriam SICSU) qui tient un restaurant incontournable sur le bord de plage. Mimi est une personne remarquable, connue par beaucoup de touristes juifs qui savent que l’on peut encore manger cacher dans son restaurant. Elle est intarissable sur la ville d’Agadir et sur le judaïsme.
Je garderai un excellent souvenir de ses témoignages.
Je n’oublierai pas non plus ma visite dans ce cimetière rempli de tombes des victimes du seïsme, comme s’il n’y avait eu que cette cause pour les faire disparaître.
L’année suivante, nous sommes retournés à Agadir conviés à la fête de la Mimouna qui clôture la Pâque Juive.
Je décide alors de me rendre à Taroudant, lieu ou hélas il n’y a plus plus personne à rencontrer ; seuls les tombes du cimetière juif peuvent encore témoigner de l’existence de la communauté juive dans cette ville.
Ce n’est qu’en juin 2003 que mon reportage se prolonge avec la visite des villes de Casablanca, Tanger et Tetouan.
Casablanca où la communauté la plus importante nous attend. C’est, en effet, dans cette ville que vivent encore plus de 2500 juifs, et où les structures communautaires sont les plus développées.
Je profite également de ce voyage pour rendre visite aux rares membres de ma famille vivant à Casa, et qui vont m’apporter leur contribution pour la visite de certains sites.
Je commence par l’ancien cimetière juif, situé dans le mellah, lieu très symbolique, du fait des personnalités enterrées dans ce lieu.
Après quoi, je suis amené à filmer les principales synagogues de la ville, en commençant par le temple Beth el, autrefois appelé le temple algérien. _ C’est la synagogue la plus fréquentée de Casablanca, et où ont encore lieu les principales cérémonies et festivités.
Ensuite, je parcours l’ancien mellah pour visiter une des synagogues qui n’est plus fréquentée aujourd’hui, mais qui a conservé toute sa splendeur.
Je termine par la magnifique et moderne synagogue récemment inaugurée, située sur la corniche, Elle est réellement splendide.
Les jours suivants je rends visite à la yeshiva loubavitch et rencontre le Rav Edelman ; j’ai aussi la possibilité de filmer ceux qui étudient la guémara ainsi qu’un script réalisant un parchemin de mezouza.
Les jours suivants sont consacrés à la visite de la Fondation du judaïsme marocain , et au Musée juif dirigé par Mr Simon LEVY.
C’est un homme absolument convivial et captivant qui nous reçoit, et qui se prête totalement au reportage.
Le musée est à la fois un lieu insolite, car le seul musée juif dans un pays arabe, mais en même temps un espace de sérénité. Les objets exposés sont riches de signification et ils contribuent sincèrement à mieux connaître les splendeurs de l’artisanat juif marocain.
La conservatrice du Musée, de confession musulmane, nous accorde également une interview, durant lequel elle met l’accent sur la spécificité du judaïsme marocain.
Notre périple à Casablanca se termine par une promenade de la ville à la rencontre des commerçants juifs et des lieux fréquentés par la communauté.
Nous continuons le voyage vers Tanger et Tetouan.
Tanger, où nous sommes reçus par le responsable administratif de la communauté, Mr TANGIR, avec une extrême courtoisie.
Cet homme charmant met à notre disposition un guide qui nous fait visiter le quartier juif, et plus particulièrement la « rue des synagogues » où se trouvent les principaux lieux de culte, telle la synagogue Nahon, véritable fleuron du judaïsme marocain,et qui est en cours de restauration.
Nous visitons également une autre synagogue, plus modeste, mais qui fait elle aussi l’objet de travaux de restauration.
La grande synagogue du centre ville est celle qui accueille la majorité des fidèles, elle est plus récente, et d’une architecture moderne, à l’image des grandes villas du protectorat.
La visite du cimetière de Tanger s’impose tout naturellement, et nous découvrons là de très vielles pierres tombales, dont certaines ne semblent plus entretenues depuis longtemps.
Comme à chacun de nos tournages dans les cimetières, nous éprouvons une certaine émotion à la vue de cette existence passée.
Notre parcours nous amène ensuite à l’hospice Benchimol, du nom du donateur « Haïm Benchimol, qui permit la construction d’un hôpital, dont il ne reste aujourd’hui que cet établissement.
Cet hospice accueille dix à douze personnes âgées, totalement prises en charge par la communauté, sous la surveillance d’une équipe particulièrement dévouée.
La gouvernante, au service de l’hôpital depuis plus de 40 ans, nous accueille gentiment et nous fais visiter les lieux.
Tout est prévu pour assurer un confort optimal à ces personnes.
Notre visite se termine avec l’interview du vice président de la communauté, Mr Samuel BENDAHAN, qui nous révèle, avec nostalgie, quelques anecdotes sur le passé juif de Tanger.
La dernière étape, Tetouan, va nous apporter autant de plaisir et d’émotion,
Nous n’avons malheureusement pas eu la possibilité de visiter une synagogue, ne trouvant pas de personnes disponibles durant ce séjour.
La visite de la ville nous a conduit bien évidemment à l’ancien mellah, aujourd’hui occupé essentiellement par les marocains.
On observe néanmoins tout le passé de ce quartier en observant le fronton des portes des maisons laissant encore apparaître l’empreinte des mezouzoth.
Tetouan, appelée la petite Jerusalem, a connu une existence juive rayonnante.
C’est effectivement dans cette ville que prit naissance cette grande institution qu’est l’Alliance Israélite Universelle, en 1862.
La population juive tétouanaise a connu ses heures de gloire, et Tétouan a aussi engendré de grands rabbins encore vénérés aujourd’hui.
Notre parcours nous amène au cimetière de castille, l’un des plus vieux du Maroc, qui a comme particularité de posséder des pierres tombales aux motifs pré colombiens.
Là aussi est entérré une famille de grands rabbins.
C’est dans ce lieu que s’est achevée notre aventure, en observant le magnifique paysage que l’on a depuis les hauteurs du cimetière, et en écoutant la prière du muezzin qui retentit et qui vient briser ce silence que seul le vent vient perturber.
C’est avec la satisfaction d’une mission accomplie que nous clôturons ce reportage, avec néanmoins un regret, celui de n’avoir pas pu aller dans toutes les régions du pays où avaient vécu les juifs.
Il est impossible de terminer ce récit sans rendre hommage à toutes ces personnes qui nous ont très chaleureusement accueilli, et sans lesquelles nous n’aurions pu réaliser ce documentaire.
Je reste convaincu qu’il reste encore beaucoup à dire, à écrire et à rapporter sur l’histoire et sur la vie juive marocaine, mais peut-être n’ai-je pas dit mon dernier mot...
Simon Benchimol
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